Un pouce devenu engourdi la nuit, parfois accompagné de picotements et d’une perte de force lors de la préhension, est un motif fréquent de consultation. Ces symptômes évoquent souvent une compression du nerf médian dans le canal carpien (syndrome du canal carpien), mais d’autres causes sont possibles. Cet article explique les signes typiques, décrit des tests simples à pratiquer à domicile, présente les mesures conservatrices à tenter et indique quand consulter rapidement un spécialiste.
Signes typiques et distribution des symptômes
Les symptômes les plus fréquemment rapportés sont :
- Picotements et engourdissement qui réveillent la nuit, surtout au niveau du pouce, de l’index, du majeur et de la moitié externe de l’annulaire.
- Perte de sensibilité intermittente ou permanente dans ces doigts.
- Faiblesse de la prise en main, maladresse et tendance à lâcher les objets.
- Douleur irradiant parfois vers l’avant-bras ou l’épaule.
Le caractère unilatéral (ici main droite), la prédominance nocturne et les troubles de la préhension orientent vers une atteinte du nerf médian dans le canal carpien. Si les symptômes sont bilatéraux, symétriques ou associés à d’autres signes généraux, on penchera aussi pour une neuropathie métabolique (diabète, hypothyroïdie) ou médicamenteuse.
Tests simples à domicile et leurs limites
Deux tests cliniques simples peuvent être réalisés :
Test de Phalen
Fléchissez les poignets en rapprochant le dos des mains l’un contre l’autre et maintenez la position 60 secondes. L’apparition de picotements dans le pouce, l’index ou le majeur pendant l’épreuve est un signe positif. Limites : sensibilité et spécificité modestes, faux négatifs possibles.
Signe de Tinel
Tapez doucement (avec l’index) sur la région du canal carpien au niveau du poignet côté paume. Une sensation de fourmillement irradiant dans les doigts suggère une irritation du nerf médian. Limites : test peu spécifique, dépend de l’intensité du tapotement.
Interprétation : un test positif augmente la probabilité d’un syndrome du canal carpien mais ne remplace pas un examen médical. Des tests normaux n’éliminent pas complètement le diagnostic.
Diagnostics différentiels
Avant d’attribuer automatiquement les symptômes au canal carpien, il faut évoquer :
- Radiculopathie cervicale (compression d’une racine nerveuse) : douleur cervicale, irradiations en bande, signes neurologiques au niveau du cou.
- Neuropathie périphérique (diabète, alcoolisme, carence vitaminique) : souvent plus diffuse et bilatérale.
- Arthrose ou ténosynovite : douleur localisée au poignet, gonflement, raideur.
- Traumatisme récent du poignet ou pathologie inflammatoire.
Mesures conservatrices immédiates
Si les symptômes sont légers à modérés, plusieurs interventions simples peuvent soulager :
- Port d’une attelle nocturne maintenant le poignet droit en position neutre pendant au moins 4 à 8 semaines.
- Réduction des gestes répétitifs et adaptation ergonomique du poste de travail (hauteur du clavier, position de la souris, pauses régulières).
- Exercices de mobilisation et techniques de glissement nerveux enseignés par un kinésithérapeute.
- Anti-inflammatoires oraux pour la douleur à court terme si absence de contre-indication.
- Infiltration locale de cortisone par un médecin en cas de symptômes persistants : souvent efficace temporairement.
- Contrôle des facteurs associés : prise en charge du diabète, hypothyroïdie ou perte de poids si nécessaire.
Durée d’essai raisonnable : 4 à 8 semaines pour les mesures conservatrices. Si une amélioration nette est observée, poursuivre et réévaluer. Si persistent engourdissements, aggravation ou signes moteurs, consulter.
Quand consulter en urgence ou rapidement
Il faut prendre rendez-vous rapidement avec un médecin ou un neurologue si :
- La faiblesse de la main s’aggrave ou vous perdez la capacité à pincer ou à ouvrir un bocal.
- Apparition d’une atrophie thenarienne (fonte musculaire à la base du pouce).
- Symptômes persistants malgré 4 à 8 semaines de traitement conservateur.
- Douleur intense, perte sensorielle importante ou troubles bilatéraux rapides.
Examens complémentaires et options thérapeutiques avancées
Si le diagnostic est incertain ou si une intervention est envisagée, le médecin peut demander :
- Électromyogramme (EMG)/étude de conduction nerveuse : précise le site et la sévérité de la compression.
- Échographie du poignet : visualise l’aspect du nerf médian et des structures environnantes.
- Bilans biologiques pour rechercher diabète, hypothyroïdie ou autres causes.
Traitement chirurgical : en cas d’échec des mesures conservatrices ou de déficit moteur majeur, la libération du canal carpien (chirurgie ouverte ou endoscopique) est souvent proposée. Elle vise à supprimer la compression du nerf et à restaurer la fonction. Le délai de récupération varie : quelques semaines pour la disparition des douleurs, plusieurs mois pour une récupération complète de la force si l’atteinte était ancienne.
Préparer la consultation : informations utiles à apporter
- Durée et évolution des symptômes, signes aggravants ou améliorants.
- Activités professionnelles ou loisirs impliquant des gestes répétitifs.
- Médicaments et antécédents médicaux (diabète, hypothyroïdie, chirurgie antérieure au poignet).
- Résultats de tests maison (Phalen/Tinel) et effets d’une attelle ou d’un traitement initial.
Conclusion : l’engourdissement nocturne du pouce droit mérite une attention précoce. Des mesures simples comme l’attelle nocturne et l’adaptation ergonomique peuvent suffire en début d’évolution. En cas de faiblesse marquée, d’atteinte persistante ou d’aggravation, un examen spécialisé et des examens complémentaires s’imposent pour envisager éventuellement un traitement invasif. N’hésitez pas à consulter votre médecin pour un bilan personnalisé.



